Investissement

Quel rendement minimum exiger en immobilier ? La relation risque-rendement expliquée

Venstor
11 min de lecture
Quel rendement minimum exiger en immobilier ? La relation risque-rendement expliquée

17 % de rendement, c'est bon ou pas ? Ça dépend du risque. Voici comment fixer ton seuil de rendement minimal selon la complexité du projet, et pourquoi un 12 % safe peut battre un 25 % risqué.

Quel rendement minimum exiger en immobilier ?

« À partir de combien de % un projet est bon ? »

C'est la question que tout investisseur se pose. Et les réponses varient énormément :

  • « 10 à 15 %, c'est bien. »
  • « Tant que je récupère ma mise de fonds en 24 mois, c'est parfait. »
  • « Peu importe le rendement, je laisse dormir mon argent et je refinance dans 10 ans. »

Plusieurs écoles de pensée. Et aucune n'a tort — parce qu'elles répondent à des situations différentes.

La vraie réponse : ça dépend du risque que tu prends.

Un 17 % sur un projet simple et stabilisé, c'est excellent. Un 17 % sur une conversion commerciale que tu n'as jamais faite ? C'est peut-être insuffisant pour le risque.

Le principe fondamental : risque = rendement exigé

Plus un projet est risqué, plus le rendement doit être élevé pour justifier le risque. C'est la base de toute décision d'investissement, pas juste en immobilier.

Pourquoi ?

Parce que le rendement affiché est un rendement espéré, pas un rendement garanti. Et plus le projet est complexe, plus l'écart entre le rendement espéré et le rendement réel peut être grand.

Projet A — simple (immeuble stabilisé) : Rendement espéré : 12 % Risque de déviation : faible Rendement réel probable : 10 % à 14 % Projet B — complexe (conversion commerciale) : Rendement espéré : 25 % Risque de déviation : élevé Rendement réel probable : -5 % à 30 %

Le Projet A à 12 % est potentiellement plus sécuritaire que le Projet B à 25 %. Parce que le pire scénario du Projet B, c'est une perte de 5 %. Le pire scénario du Projet A, c'est un rendement de 10 %.

L'échelle de performance

Voici comment évaluer un rendement sur 5 ans, ajusté au type de projet :

NoteRendement sur 5 ansCe que ça veut dire
DMoins de 8 %Sous-performance — tu fais mieux avec des ETF
C8 % à 15 %Correct — rendement standard pour un projet simple
B15 % à 25 %Bon — tu crées de la valeur au-delà du marché
A25 % à 35 %Très bon — projet bien exécuté avec optimisation
A+Plus de 35 %Exceptionnel — fort levier et/ou forte optimisation

Attention : cette échelle est un point de repère, pas une règle absolue. Un C sur un projet zéro risque peut être meilleur qu'un A sur un projet qui aurait pu mal tourner.

Les 3 profils de risque

Profil 1 : l'immeuble stabilisé

Tu achètes un immeuble qui est déjà optimisé. Les loyers sont au marché, l'immeuble est en bon état, le RCD est solide.

CaractéristiqueDétail
ComplexitéFaible
GestionStandard
Risque de déviationFaible
Rendement minimum acceptable8 à 12 %

C'est le projet « sûr ». Tu n'as pas grand-chose à faire sauf gérer les locataires et encaisser les loyers. Le rendement est modeste, mais prévisible.

Exemple : un 6-plex stabilisé acheté au prix de la valeur économique, avec un TRI de 10 % sur 5 ans. Pas excitant, mais solide.

Profil 2 : l'immeuble à optimiser

Tu achètes un immeuble avec du potentiel : les loyers sont sous le marché, les dépenses sont trop élevées, des rénovations mineures peuvent créer de la valeur.

CaractéristiqueDétail
ComplexitéMoyenne
GestionActive (optimisation sur 12-18 mois)
Risque de déviationModéré
Rendement minimum acceptable15 à 20 %

C'est le sweet spot pour la plupart des investisseurs. La stratégie acheter-optimiser-refinancer repose sur ce profil.

Exemple : un triplex avec des loyers 200 $ sous le marché par logement. Tu augmentes les loyers, tu réduis les dépenses, et le TGA fait le reste. TRI projeté : 18 %.

Profil 3 : le projet ambitieux

Tu te lances dans un projet que tu n'as jamais fait : conversion de commercial en résidentiel, ajout de portes, rénovation majeure, changement de zonage.

CaractéristiqueDétail
ComplexitéÉlevée
GestionIntensive (100 % dépend de toi)
Risque de déviationÉlevé
Rendement minimum acceptable25 % +

Si un élément dérape — dépassement de budget, retard de travaux, refus de zonage — c'est toi le responsable. Le rendement doit être assez élevé pour compenser cette incertitude.

Exemple : convertir un RDC commercial en 2 logements résidentiels. Budget estimé : 80 000 $. Si les travaux coûtent 120 000 $ (ça arrive), ton TRI fond de moitié. Tu dois être payé pour ce risque.

Comment évaluer le risque d'un projet

Les 5 facteurs de risque

FacteurRisque faibleRisque élevé
ExpérienceTu as déjà fait ce type de projetC'est ta première fois
ComplexitéGestion locative standardTravaux majeurs, conversion, zonage
DépendanceL'immeuble s'autofinance100 % dépend de tes optimisations
FinancementConventionnel, approuvéCréatif, prêteurs privés, bridge
MarchéSecteur stable, faible vacanceSecteur en transition, vacance élevée

Le calcul simple

Compte le nombre de facteurs à « risque élevé » :

  • 0-1 facteur élevé : rendement minimum de 8-12 %
  • 2-3 facteurs élevés : rendement minimum de 15-20 %
  • 4-5 facteurs élevés : rendement minimum de 25 %+

Si tous les facteurs sont à risque élevé et que le rendement projeté est de 15 %, c'est pas assez. Tu n'es pas payé pour le risque que tu prends.

L'argent des autres : traite-le comme celui de ta famille

Si tu utilises du love money ou des prêteurs privés, le calcul change.

Ce n'est plus juste « mon argent, mon risque ». C'est l'argent de quelqu'un qui te fait confiance. Et tu ne veux pas décevoir cette personne.

La règle que j'applique

Je traite l'argent des autres comme si c'était celui de ma propre famille. Avant d'investir un dollar qui n'est pas le mien, je me demande :

  • « Est-ce que je mettrais l'argent de ma mère dans ce projet ? »
  • « Si ça tourne mal, est-ce que je peux assumer les conséquences ? »
  • « Est-ce que le rendement justifie le risque pour cette personne ? »

Si la réponse est non à l'une de ces questions, je ne prends pas l'argent.

Le rendement minimum pour l'argent des autres

Type de capitalRendement minimum à viser
Ton propre argentSelon ton profil de risque personnel
Love money (famille/amis)Rendement du projet doit être au moins 2x le taux promis au prêteur
Prêteur privé corporatifLe projet doit fonctionner même dans le pire scénario
Exemple : Tu promets 8 % à ton prêteur privé. Le projet doit viser au minimum 16 % de TRI. Pourquoi ? Parce que si le projet performe à 50 % de tes projections, tu fais encore 8 % → tu peux payer ton prêteur. Si tu vises 10 % et que ça performe à 50 %, tu fais 5 % → pas assez pour le payer.

Les 3 scénarios à modéliser

Avant de te lancer dans un projet, modélise 3 scénarios :

1. Scénario optimiste

Tout se passe comme prévu. Les loyers augmentent, les travaux respectent le budget, le marché s'apprécie. C'est le rendement que tu présentes à tes investisseurs.

2. Scénario réaliste

Les loyers augmentent, mais moins vite. Les travaux coûtent 15-20 % de plus. Le marché est stable. C'est le rendement que toi tu devrais utiliser pour prendre ta décision.

3. Scénario pessimiste

Les loyers stagnent. Les travaux coûtent 30-40 % de plus. Un logement reste vacant 3 mois. C'est le rendement qui te dit si tu survis en cas de problème.

Exemple d'un projet d'optimisation : Scénario optimiste : TRI 22 % ✅ Scénario réaliste : TRI 15 % ✅ Scénario pessimiste : TRI 8 % ⚠️ → Le projet tient dans les 3 scénarios. On y va.
Exemple d'un projet ambitieux : Scénario optimiste : TRI 30 % ✅ Scénario réaliste : TRI 14 % ⚠️ Scénario pessimiste : TRI -3 % ❌ → Le projet est trop dépendant du scénario optimiste. Risqué.

Les pièges du rendement élevé

Piège 1 : le rendement sur papier

Un TRI de 30 % sur un tableur Excel, ça ne veut rien dire si les hypothèses sont irréalistes. Vérifie chaque hypothèse :

  • L'appréciation projetée est-elle réaliste ? (3 % par an, pas 8 %)
  • Les loyers projetés sont-ils supportés par les comparables ?
  • Les dépenses incluent-elles les barèmes SCHL ?
  • Le coût des travaux est-il basé sur des soumissions réelles ?

Piège 2 : ignorer le coût d'opportunité

Si un projet te prend 20 heures par semaine pendant 2 ans pour générer un TRI de 18 %, est-ce que tu ne serais pas mieux avec un projet qui en demande 5 heures et qui donne 14 % ?

Le rendement doit être ajusté au temps investi, pas juste au capital.

Piège 3 : le survivorship bias

Tu vois des investisseurs afficher des rendements de 40 %+. Mais tu ne vois pas les dizaines qui ont perdu de l'argent sur le même type de projet. Les rendements exceptionnels font du bruit. Les pertes, personne n'en parle.

FAQ : rendement et risque en immobilier

C'est quoi un bon rendement en immobilier au Québec ?

Ça dépend du risque. Pour un immeuble stabilisé, 8 à 12 % de TRI sur 5 ans est un bon rendement. Pour un projet d'optimisation, vise 15 à 20 %. Pour un projet complexe (conversion, ajout de portes), exige 25 %+ pour compenser le risque.

Comment calculer le rendement d'un investissement immobilier ?

Le meilleur indicateur est le TRI (Taux de Rendement Interne), qui tient compte du cashflow, du capital remboursé, de l'appréciation et du refinancement. Complète avec la VAN pour comparer plusieurs projets entre eux.

17 %, c'est vraiment rentable ?

Ça dépend du contexte. 17 % sur un triplex stabilisé que tu gères en 2 heures par mois, c'est excellent (note B+). 17 % sur une conversion commerciale à risque élevé qui te demande 20 heures par semaine, c'est insuffisant — le rendement ne justifie pas le risque et l'effort.

Pourquoi ne pas toujours chercher le rendement maximum ?

Parce que le rendement maximum vient avec le risque maximum. Un projet à 35 % de TRI projeté peut facilement finir à -5 % si les choses tournent mal. Un projet à 12 % qui performe à 10 % dans le pire cas te laisse dormir la nuit.

Comment comparer deux projets avec des niveaux de risque différents ?

Utilise le rendement ajusté au risque. Pour chaque projet, modélise les 3 scénarios (optimiste, réaliste, pessimiste). Compare les rendements du scénario réaliste, pas du scénario optimiste. Le projet avec le meilleur rendement réaliste est souvent le meilleur choix.

Ce qu'il faut retenir

  1. Le rendement seul ne veut rien dire — il faut toujours le mettre en relation avec le risque
  2. Plus le projet est complexe, plus le rendement doit être élevé — c'est la prime de risque
  3. Modélise 3 scénarios — optimiste, réaliste, pessimiste. Décide sur le réaliste.
  4. L'argent des autres = responsabilité accrue — traite-le comme celui de ta famille
  5. Un 12 % sécuritaire peut battre un 25 % risqué — la constance bat l'éclat

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